Quelle IA pour quelle tâche ? Le coût de l'erreur décide
Ouvrez ChatGPT, Gemini ou Claude : chacun vous propose plusieurs modèles, du plus rapide au plus capable, avec un écart de prix de un à dix. Le réflexe est de choisir sur le prix. Le bon critère, c'est ce que coûte une erreur. Voici comment nous tranchons, et la grille que nous appliquons chez nous.
Par tanguy mignotPublié le
Le petit modèle suffit-il, ou faut-il payer le gros ? « Le gros partout » coûte cher pour rien. « Le petit partout » coûte cher un jour, d'un coup, sur le mail qu'il ne fallait pas envoyer. Entre les deux, une méthode qui tient en trois questions.
Le prix n'est pas le bon critère
Chez Anthropic, l'éditeur de Claude, à la grille tarifaire de septembre 2026, le modèle le plus capable coûte dix fois plus que le plus rapide pour produire le même volume de texte, et l'intermédiaire la moitié du plus capable. Chaque éditeur a sa gamme, la logique est la même partout : on paie la capacité de jugement, pas la vitesse.
Le piège, c'est de lire cette grille comme un menu et de prendre le moins cher. Un modèle rapide qui classe votre courrier fait le travail. Un modèle rapide qui répond à un client sur un devis fera aussi le travail, presque toujours. Le jour où il se trompe, ce n'est pas un mail raté, c'est un client perdu. Le coût de l'erreur n'est pas dans la grille tarifaire.
Vous ne faites pas relire le contrat par le stagiaire, et vous ne demandez pas au directeur de classer le courrier. Pas parce que l'un coûte plus cher que l'autre : parce que l'erreur n'a pas le même prix aux deux postes.
Trois questions pour choisir
Devant chaque tâche confiée à une IA, dans cet ordre :
- 1. Est-ce irréversible, ou est-ce ma parole ? Un mail qui part, une facture, un devis, une modification sur un serveur. Si oui : le modèle le plus capable, sans discuter.
- 2. Le cadre est-il déjà écrit ? Une charte, une procédure, un gabarit. Si oui : l'intermédiaire suffit, il produit bien quand on lui dit comment.
- 3. Est-ce mécanique ou répétitif ? Classer, étiqueter, résumer, extraire. Si oui : le rapide, et en volume.
Une tâche qui ne passe aucune des trois n'est pas une tâche pour l'IA. C'est plus fréquent qu'on ne croit.
La grille, par famille de tâches
| N° | Ce que vous confiez à l'IA | Modèle |
|---|---|---|
| 1 | Réponses à un client, devis, relances, facturation | le plus capable |
| 2 | Tout ce qui touche à vos systèmes : accès, serveurs, comptes | le plus capable |
| 3 | Décisions : arbitrer, prioriser, choisir | le plus capable |
| 4 | Contenu cadré : posts, fiches, emails de campagne avec une charte | l'intermédiaire |
| 5 | Analyse à partir de données que vous fournissez | l'intermédiaire |
| 6 | Classer, résumer, extraire, mettre en forme | le rapide |
| 7 | Tri de boîte mail, étiquetage, déduplication, en masse | le rapide, version économique |
Deux nuances. Une tâche cadrée qui engage un client (le rapport mensuel qu'on lui envoie) se produit avec l'intermédiaire et se relit avec le plus capable avant l'envoi. Et une tâche mécanique qui casse remonte d'un cran, le temps de comprendre pourquoi.
Comment on fait chez prosperis
Nous travaillons au quotidien avec un assistant IA : il tient nos dossiers, trie le courrier, prépare les livrables et surveille nos serveurs. Nous avons inventorié ce qu'il fait pour nous, une quarantaine de tâches, et passé chaque ligne aux trois questions.
Le résultat tient sur une page. La session de travail démarre sur le plus capable, parce que c'est là que se prennent les décisions et que partent les mails. Les commandes cadrées (audit de profil LinkedIn, rapport client, veille) basculent seules sur l'intermédiaire quand on les lance. Les tâches mécaniques (contrôles, exports, PDF, synchronisations) basculent sur le rapide. Les recherches dans nos archives, déléguées à des agents secondaires, tournent sur l'intermédiaire.
Ce qui nous a surpris : aucun outil ne devine le bon modèle d'après la tâche. La bascule est automatique parce que nous l'avons écrite, commande par commande, dans la configuration. Le reste du temps, c'est un geste manuel avant de commencer un travail, comme on choisit un outil avant d'ouvrir un chantier.
Premier PDF produit après le réglage : la grille elle-même, générée par le modèle rapide dans une session qui tournait sur le plus capable. « Tout le monde peut cuisiner », disait Gusteau dans Ratatouille. Il n'a jamais dit que tout le monde pouvait écrire la carte.
Ce que ça change pour vous
Pas besoin d'un assistant sur mesure. La plupart des outils grand public permettent de choisir le modèle conversation par conversation. Il suffit d'avoir décidé avant.
Poser votre grille en une heure
Une page, affichée, qui dit quel modèle pour quelle tâche.
- Listez les tâches que vos équipes confient déjà à l'IA. Dix lignes, les vraies.
- Passez chaque ligne aux trois questions, dans l'ordre. Irréversible ou engageant ? Cadre écrit ? Mécanique ou répétitif ?
- Écrivez le modèle en face de chaque ligne. Une page, affichée.
- Réglez l'outil pour que le défaut soit le plus capable. On descend volontairement, on ne monte pas par oubli.
- Relisez la grille quand un modèle change de génération. Les tâches ne bougent pas, les paliers si.
Le modèle n'est qu'une des questions à se poser avant de confier une tâche à l'IA. Où vont vos données, avec quel compte, sous quelles règles : nous en parlons dans IA et données. Pour ce que l'IA fait gagner concrètement, 5 cas concrets et le guidel'IA utile pour une PME.
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